Témoignages

Témoignage de Gaëtan, président des parrainés de Yako (voir en bas de page)

Témoignage de Jean-Louis, infirmier urgentiste à la retraite

A propos de santé, il y a des ombres et des raisons d'espérer. Le peu que nous avons vu de l'infrastructure hospitalière – l'hôpital provincial de Yako – est tout simplement effrayant, alors qu'il est censé couvrir plusieurs centaines de milliers d'habitants. À notre passage, le bloc opératoire n'est pas fonctionnel: depuis quand? Jusqu'à quand? Ce qui oblige à expédier les urgences chirurgicales à Ouahigouya, 70 kilomètres au nord, ou à Ouagadougou, 110 kilomètres au sud... Il vaut mieux être solide!


On rencontre des enfants manifestement malnutris dans le canton de Toleha, surtout les préscolaires.
Il existe des campagnes de renutrition organisées par l'État, à travers les dispensaires, mais l'accès à tous ces gamins n'est pas évident, surtout en saison des pluies, et souvent c'est toute la famille qui « bénéficie » des biscuits protéinés! MSF participe aussi à ces programmes, mais en ville, à notre connaissance. Nous n'avons pas eu le temps d'étudier plus à fond ce problème.Matériel uitlisé pour la prévention du palu


La pathologie omniprésente, c'est le paludisme, tueur d'enfants et très invalidant, voire mortel chez les adultes.Toutefois, des progrès très encourageants sont en cours en Afrique de l'ouest, grâce surtout à des actions de prévention, financées par les états soutenus par les grandes organisations gouvernementales (type OMS) et les ONG. La distribution de seize millions de moustiquaires imprégnées au Burkina, dont 3500 à Boulma pour 5900 habitants, a été accompagnée par des campagnes d'information et de sensibilisation, avec l'attribution d'un vélo par dispensaire pour la tournée des villages. Du côté curatif, la chloroquine est abandonnée pour cause de résistance, et les accès paludiques sont aujourd'hui traités par l'association Artésumate-Amodiaquine, pas plus onéreuse et qui marche bien selon les infirmiers et les autorités sanitaires, mais l'approvisionnement est encore aléatoire...
Ensuite, viendrait la tuberculose, également bien présente dans ces populations trop souvent malnutries et exposées au manque de confort et d'hygiène. Le traitement est long (6 mois) et coûteux.
Les épidémies de méningite à méningocoque sont redoutables. Elle s'attaque surtout aux jeunes et est très contagieuse. Là aussi, le traitement antibiotique est très coûteux, et la vaccination n'est pas efficace à 100%.

 

Quant au Sida, le dispensaire de Boulma n'a enregistré qu'un décès en 2010 et a en cours une trithérapie sur une femme enceinte HIV+. C'est étonnamment faible en Afrique, mais l'infirmier dit ne pas voir forcément tous les cas... Toutefois, les consultantes en visites prénatales acceptent de plus en plus le dépistage du VIH, ce qui est un bon signe. Nous ne savons pas ce qui se passe en ville. Il y a des campagnes de prévention, mais le préservatif coûte très cher. Nous avons rencontré une petite fille de cinq ans sous trithérapie, mais qui sait combien de traitements sont distribués au Burkina, étant donné la multitude d'organisations qui œuvrent dans le pays et le peu de moyens du ministère de la Santé.
Les principales maladies parasitaires, oncocercose, filariose, bilharziose, ont disparu de la région grâce aux campagnes d'éducation et aux forages qui donnent accès à une eau propre.
pesée et vaccinationÀ Toleha, au moins, et pourquoi pas sur le reste du pays, les carnets de vaccination sont bien tenus. Les nourrissons sont vaccinés par les sages-femmes à l'occasion de la pesée mensuelle; Les femmes  venant presque toutes accoucher au dispensaire, très peu d'enfants échappent à la vaccination. On ne devrait plus voir polio, tétanos, fièvre jaune, hépatite B ni rougeole.


Au total, autant l'hôpital provincial nous a désespérés, autant les dispensaires, bien que vétustes, remontent le moral quand on y regarde de près. Le personnel rencontré est diplômé, motivé et fier de son travail. L'infirmier est convaincu de l'importance de la prévention, et la sage-femme est très solide. Elle évacue très peu sur l'hôpital de Yako. En 2010, cinq césariennes sur 213 accouchements, ce qui est remarquable. Elle fait face avec des moyens qui feraiePopulation cible du csps de Boulmant pleurer une sage-femme occidentale. Les dix évacuations sanitaires de 2010 ont été assurées par Raphaël avec le pick-up de LTGA, lequel pick-up est à bout de course... Au cas où vous auriez touché un héritage...
L'excision des gamines est un sujet tabou. La sage-femme dit que ça ne lui pose pas de problème obstétrical, mais ne nous dit pas quelle proportion de sa clientèle est excisée. C'est illégal et sévèrement réprimé, et probablement en régression, par élimination naturelle des opératrices, qui se font vieilles.
Nous avons remarqué la présence d'une couveuse entreposée dans un coin du dispensaire de Boulma depuis x années, évidemment totalement inutilisable et inappropriée. Le courant électrique fourni par la photopile LTGA est réservé à l'éclairage; il faudrait un grand panneau rien que pour la couveuse et de toutes façons, c'est plutôt un climatiseur qu'une couveuse qui serait utile la plus grande partie de l'année. On trouve aussi, fixées au sol en pleine brousse, de belles ambulances cassées dès le premier kilomètre de piste, de pleines salles de lits d'hôpital rebuts de nos établissements, des fauteuils de dentiste dans la cour de l'hôpital, bien commodes pour la sieste, des appareils de radiologie irréparables, dons de quelques jumelages redoutables pour ce genre d'opération. Tout ça nous a un peu irrités, ainsi que les gros 4X4 blancs frimeurs de l'OMS, de l'UNICEF... La liste serait interminable. Mais attention, nous ne disons pas qu'il faut arrêter l'aide internationale, qui est absolument vitale, mais on pourrait sûrement mieux faire.

 


 Témoignage de Gaëtan, président des parrainés de Yako

Réunion avec les parrainés de Yako     

La vie quotidienne de l'ensemble des élèves

Sur le plan alimentaire:
Nous préparons habituellement du haricot associé à la farine de mil rarement avec de l'huile ou uniquement du couscous de mil. Nous préparons une fois dans la journée vu l'état du matériel de cuisine, la modération du charbon ou du bois, l'insuffisance du temps avec l'école.Coin cuisine des parrainés au fond de leur cour.
Le problème essentiel se situe au niveau de l'eau que nous dépensons environ 900f dans le mois pour l'achat. En cas de coupure d'eau, nous sommes obligés de consommer de l'eau souillée des puits qui se trouvent dans les périphéries de la ville. Au total, notre alimentation est pauvre et insuffisante.

Sur l'apprentissage des leçons
Comme la journée est occupée par les cours, notre apprentissage se fait la soirée. Nous apprenons à l'aide de lampes à pétrole ou à piles. La lampe à pétrole nous coûte environTableau pour faire les exercices (économie de papier) 500f dans le mois et celle à piles de même. Nous apprenons dans de mauvaises conditions. Beaucoup apprennent sur une natte où ils sont plus exposés au sommeil.

Sur les moyens de déplacement.
Nous allons pour la plupart à l'école à vélo, rares ceux qui vont à pieds. Nous effectuons environ 2 km pour s'y rendre. Cependant les vélos sont souvent en panne et ceux qui n'ont pas les moyens pour les réparer marchent. La réparation des vélos nous coûte 1000f pour une chambre à air, 2500f pour un pneu, 700f pour la chaîne en plus de diverses réparations. Les inconvénients sont que ça nous oblige à être en retard et à avoir des retranchements de points au lycée.

Sur le plan de l'habillement
Nous avons une seule tenue scolaire dans l'année. Il n'est pas étonnant de la remarquer souvent sale parce que le savon manque pour la laver ou s'il y en a quelque fois la nuit n'est pas un bon moment favorable pour la lessive. Cependant avec deux tenues, nous pourrions conserver l'une et la reprendre quand l'autre serait sale. En outre nos habits personnels sont usés et beaucoup d'élèves se promènent en loques tout au long de l'année.

Sur le plan de l'habitation
En ville, il y a plusieurs sortes de maisons. Comme nos moyens sont insuffisants, nous sommes obligés de louer des maisons délabrées dont les portes ne sont pas efficaces. Nous sommes souvent confrontés aux voleurs, aux piqûres de scorpions et même nous tuons des serpents dans certaines maisons. Il n'y a pas de clôture chez la plupart tandis que les chiens enragés, les fous rôdent dans la ville.Chambre pour 3 ou 4 étudiants, le soir ils déroulent leurs nattes.
Le loyer coûte environ 5000f.

Sur le plan psychologique
Nous sommes souvent confrontés à des problèmes psychologiques et cela nous entrave dans nos études. En effet nous quittons nos parents à 12 ans pour le lycée. Premièrement nous souffrons du détachement de nos parents. Deuxièmement comme nous logeons seuls dans la cour, nous exerçons à peu près les mêmes responsabilités qu'un père ou une mère de famille. Ainsi nous assurons précocement des responsabilités d'adultes. Enfin, beaucoup d'élèves sont fascinés par la ville. Ainsi ils se livrent parfois à la prostitution, à la délinquance pour pouvoir assouvir leurs besoins. Il faut ajouter à cela que nous n'avons pas de loisirs et les repas ne sont pas variés.

Sur la santé
Le Burkina Faso est un pays tropical où les maladies qui se développent  le plus sont le paludisme, la rougeole, la tuberculose, la méningite. Nous sommes parfois victimes de quelques unes de ces maladies et, comme les moyens font défaut, nous ne sommes pas pressés d'aller à l'hôpital. En effet les prix des médicaments sont très élevés. Une seule ordonnance coûte environ 5000f ou même plus, rarement moins. Les maladies les plus graves sont les troubles de mémoire liés aux activités intellectuelles.

Pendant les vacances
A la fin de l'année scolaire nous retournons au village affronter pendant 3 mois les travaux champêtres. C'est le cas des parrainés puisqu'ils espèrent le soutien de leurs parrains à la rentrée scolaire. Ceux qui ne sont pas parrainés désertent les travaux champêtres pour d'autres travaux plus lucratifs. Beaucoup vont à la mine où les travaux sont Jeune mineur qui descend dans le trou menant à la galerie.dangereux ou restent en ville pour des petits métiers tels que le petit commerce, le maneouvrage au niveau des constructions. Malheureusement la grande partie de la production agricole est vendue pour les frais de scolarité et payer les fournitures scolaires, car beaucoup d'élèves non parrainés ne peuvent pas quitter leurs parents qui sont seuls.

Tels sont les problèmes que nous, jeunes africains, jeunes burkinabés, élèves de Boulma rencontrons quotidiennement. Nous vous les avons dévoilés avec franchise tout en espérant sur vos bonnes intentions.

Merci! 



 


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